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  • Paroisse Saint-Aubin de Sargé lès Le Mans
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  • 04/01/1956
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  • Curé de la paroisse : Abbé Jean-Marie Ferrières- 02.43.81.12.12 42 rue du Général de Gaulle 72190 -Coulaines adresse-mail du blog : paroisse.sarge@gmail.com

CARÊME 2012 - MÉDITATIONS

 

 

 

  pour écouter ces méditations, cliquer sur ce lien :

http://www.retraitedanslaville.org/

 

DIMANCHE DE PÂQUES  8 AVRIL

 

Le fil rouge de la vie

En effet d’après l’écriture, les apôtres n’avaient pas vu qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. 

Evangile selon Saint Jean, chapitre 20, verset 9

 

« D’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Cette parole peut nous paraître énigmatique. D’autant plus que nous pourrions méditer, en ce matin de Pâques, une parole plus triomphante ! Pourtant laissons-nous conduire. Le Seigneur désire toucher notre vie en profondeur.
Que s’est-il passé ? Marie-Madeleine annonce à Pierre et à l’autre disciple - la tradition l’appelle Jean - que le tombeau est vide. Vite, les deux apôtres courent au tombeau. Oui, il est vide. Pardonnez les détails : il est vide, celui qui est parti a pris soin de tout ranger, calmement, tout est en ordre. Ce n’est donc point un enlèvement : si ce l’était, on aurait pris le corps du mort avec le suaire, sans quoi il eût été intransportable.

Jean, qui est entré après Pierre, voit. « Il vit et il crut », dit l’évangile. Que s’est-il passé ? Il voit le tombeau de Jésus ainsi disposé, les Écritures viennent l’éclairer : les prophètes, les psaumes, tout vient à son secours pour qu’il puisse comprendre ce qu’il voit. Il voit et il croit que ce Jésus qu’il a suivi depuis le début est bien celui que Dieu a envoyé, le Messie dont Pierre a proclamé la divinité ; Jésus est bien le Fils de Dieu, Jésus est bien celui qui sauve le peuple, tous les peuples. Les Écritures montrent à Jean que Dieu, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, leur Dieu, donne sens à l’histoire humaine toute entière. Toute l’histoire biblique éclaire Jean car elle trouve sa cohérence en ce tombeau vide.

 

Evangile selon Saint Jean, chapitre 20, verset 9

Voilà un chemin particulier. Il nous rejoint. La vie est pour nous tous un long chemin dont nous ne comprenons pas tous les méandres… Bien des événements nous semblent parfois ne contenir aucun sens particulier. D’autres, dont le souvenir nous est pénible, chargent notre conscience de regrets, de remords, de révoltes peut-être et il nous aura fallu bien des années pour trouver un peu de paix. D’autres souvenirs sont source de joie : voilà qu’un jour, au détour d’une lecture, d’une rencontre, d’une prière, ces événements, obscurs et lourds, joyeux et lumineux, s’éclairent ; un allègement se produit. Nous trouvons le fil rouge de notre vie. Tout devient lumineux. On sait pourquoi on est né ! Expérience de résurrection. Notre vie a un sens, une cohérence, elle ne court pas au hasard !
Pouvons-nous dire davantage ? Oui, il le faut. Pour Jésus, que veut dire ici qu’il est ressuscité ? Sa vie, sa passion, sa mort, tout cela a un sens : il nous a aimés jusqu’au bout. Son amour pour nous a présidé à tout. Il « fallait » qu’il fasse tout ce chemin : l’amour appelle à toujours se donner tout entier pour ceux que l’on aime, sinon il n’y pas d’amour durable. Or Jésus, le Fils de Dieu s’est donné tout entier.
Il en est de même pour nous. Lorsque nous découvrons le fil rouge de notre vie, qu’enfin nous entrevoyons pourquoi tout cela est arrivé… c’est toujours un appel à aimer. L’amour pour les autres donne sens à tout. Un élan de vie surgit, expérience de résurrection.

Demeure un mystère. « Il est ressuscité d’entre les morts ». Ce que j’ai dit est encore bien court. Il est ressuscité, qu’est-ce à dire ? Il est passé dans la vie ; son corps, notre corps humain, est entièrement emporté dans la lumière, tout de lui est en Dieu, il s’est assis à la droite du Père. Nos mots sont pauvres, mais ils sont vrais. Et, par le Saint Esprit, nous sommes tous corps du Christ, entrés définitivement en Dieu, nous sommes sauvés. Les expériences que je vous ai décrites sont des avant-goûts, les prémices de notre émerveillement devant le salut de Dieu.
Dans les évangiles, il y a d’autres récits relatant l’expérience de disciples découvrant le Seigneur ressuscité. Récit de Marie-Madeleine reconnaissant Jésus lorsqu’il prononce son nom, expérience d’une femme reconnue en son être profond. Récit des disciples reconnaissant Jésus à ses plaies : Jésus montre ainsi qu’il a souffert non à cause de nous - nous aurions une religion de reproche - mais qu’il a souffert par amour pour nous, et notre religion est celle de la miséricorde. Récit de l’apparition à Thomas, celui qui a tant de mal à croire et qui pourtant confessera la foi tout entière, bien plus que tous les autres, il dira : « mon Seigneur et mon Dieu ». Vous le voyez, il y a bien des chemins pour entrer dans la joie de la résurrection du Seigneur. Chemins de Pierre et de Jean aujourd’hui… Vos chemins, le mien, sont toujours ceux de Dieu.

Bonne fête de Pâques ! Christ est ressuscité ! Alléluia !

 
 

SAMEDI SAINT 7 AVRIL

Que ton Nom soit sanctifié

« J’ai manifesté ton nom aux hommes. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient eux aussi sanctifiés. »

Évangile selon Saint Jean, chapitre 17, versets 6 et 19


Nous le demandons chaque jour. C’est même la première demande que nous exprimons quand nous prions le « Notre Père » : que ton Nom soit sanctifié !
Quand le peuple d’Israël avait été déporté en exil loin de sa terre, loin de Jérusalem et du Temple d’où rayonnait la sainteté de Dieu, le prophète Ezéchiel lui avait annoncé : Dieu va changer votre cœur. Vous avez le cœur dur, un cœur de pierre. Eh bien, dit Dieu, je vais ôter de votre poitrine ce cœur de pierre et je vais le remplacer par un vrai cœur, un cœur de chair, capable de tendresse, de justice et de bonté. Alors vous serez sanctifiés, alors c’est de vous que rayonnera ma sainteté.
Cela, c’est une vraie Pâque, un vrai passage de la mort à la vie, une vraie résurrection. La résurrection, ce sera d’abord celle de notre cœur qui était mort et qui redeviendra vivant, aimant. Car, comme le dit Jean, « celui qui aime, déjà, est passé de la mort à la vie. » Alors, dit Dieu, vous serez enfin capables de « sanctifier mon Nom » là où vous vivrez, que ce soit en terre d’exil ou sur votre terre ancestrale. La terre d’Israël, celle qu’on appelle la « Terre sainte », n’est pas sainte par elle-même. Elle l’est seulement par ceux qui l’habitent, si eux-mêmes sont participants de la sainteté de Dieu.

C’est nous qui rendons saints les lieux où nous habitons.
La sainteté de Dieu, c’est sa façon d’être : sanctifier son Nom, c’est modeler mes façons d’être et de vivre sur les siennes. Et si j’ai compris que la sainteté de Dieu est pour nous la source de la vie, « sanctifier le Nom de Dieu» c’est laisser la sainteté de Dieu irriguer notre terre humaine. Autrement dit, quand nous prions « que ton Nom soit sanctifié », nous demandons : donne-nous d’aimer comme tu aimes, d’être un peu plus comme tu es. Pour que quelque chose de toi soit manifeste, visible, ici et maintenant, à travers nous. Pour qu’un peu de ta sainteté soit tangible, à travers nous.
A travers ? Pas vraiment, en tout cas pas comme une simple vitre qui laisse passer le soleil. Non, il s’agit de beaucoup plus : c’est moi, dans mon humanité concrète, avec ma tête, ma liberté, qui rend tangible sur notre terre la sainteté de Dieu. Avec mon corps : mes mains qui caressent, soignent ou nourrissent ; mes bras qui embrassent et consolent ; mes yeux qui sourient à ceux que je croise ; mes oreilles qui écoutent et comprennent…
Alors la sainteté de Dieu est le souffle qui m’anime. Alors le Nom de Dieu est sanctifié.

 

 

VENDREDI SAINT 6 AVRIL

Voici l’homme

Mon serviteur était tellement défiguré qu’il n’avait plus visage d’homme. Et voici qu’il sanctifiera une multitude. 

Livre d’Isaïe, chapitre 52, versets 14-15


Jésus, ce jour du vendredi, est conduit par les gardes devant la foule. Il porte une couronne d’épines et un manteau de pourpre. Alors Pilate le présente à la foule en disant : « Voici l’homme ! ». Mais les chefs des prêtres, les gardes, puis la foule crient : « A mort ! ».
« Voici l’homme » ? Pilate dit la vérité. Jésus, moqué, méprisé, défiguré, est homme. Autant et plus que ceux qui le bafouent. Rien ni personne ne peut nous faire perdre notre dignité humaine. Jésus témoigne ici pour toutes celles, pour tous ceux qui, de par le monde et au long des siècles, seront humiliés, torturés, tenus pour rien et mis à mort. Ils sont des hommes. Ils portent en eux l’image de Dieu.
Et non seulement voici l’homme, mais voici le Saint.
Les chefs des prêtres le prennent pour un dangereux contestataire, alors qu’en tant que prêtres ils auraient dû, les premiers, reconnaître en lui la présence, la sainteté de Dieu.

A nous, au contraire, de reconnaître en tout visage d’homme l’empreinte de Dieu. A nous de nous laisser prendre et toucher par les visages humains. A nous de ne jamais accepter qu’un visage humain soit défiguré au point de cacher la ressemblance à Dieu, la sainteté qu’il reflète.
« Et voici qu’il sanctifiera une multitude de peuples » : en ce vendredi saint, partout dans le monde, des femmes et des hommes se tournent vers Jésus crucifié pour lui demander de devenir eux-mêmes des êtres humains. Ce que nous sommes, il nous faut sans cesse le devenir : des humains selon le cœur de Dieu.
En ce vendredi saint, la sainteté passe du cœur de Dieu au cœur de Jésus. Du cœur de Jésus elle passe à notre cœur.

 

 

JEUDI SAINT 5 AVRIL

 

La sainteté par les pieds

« Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. »

Évangile selon Saint Jean, chapitre 13, versets 14-15


La sainteté pourrait-elle nous arriver par les pieds ? Oui, tout à fait !
D’abord parce que les pieds, c’est fondamental. Grâce à eux, nous pouvons aller et venir, partir et avancer. Le croyant est quelqu’un qui marche : il se met en route vers le pays que Dieu lui a promis. La sainteté, c’est un pays à atteindre.
Mais voilà, à force de marcher, les pieds se salissent, se fatiguent. Surtout quand nous nous sommes égarés, loin du chemin de Dieu. Ces pieds fatigués, ces pieds qui nous ont égarés, Jésus nous les lave lui-même, en un geste émouvant de service, d’acceptation, de communion.
La sainteté nous arrive aussi par les pieds des autres, car c’est maintenant notre tour, dans le même esprit, de nous laver les pieds les uns aux autres. Les autres tels qu’ils sont : avec leurs pieds sales, fatigués, douloureux parfois.

C’est dans ce geste concret que nous touchons à l’essentiel de la sainteté : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Tout découle de là dans l’ordre de la sainteté, tout se résume à cela. « Ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi », nous dit le Christ aujourd’hui. La sainteté, c’est de ressembler au Christ : en lavant les pieds des autres, on y est directement.
En ce Jeudi saint, Jésus nous accueille à sa table, à la messe. Il nous y donne son corps en nourriture, son sang pour boisson. Puis il nous dit : « Faites cela en mémoire de moi ». Comme il a dit : vous aussi lavez-vous les pieds les uns aux autres, il dit maintenant : vous aussi, donnez de vos forces, de votre temps. Donnez de vous-mêmes pour que les autres mangent et vivent.
Alors vous serez saint

 

 

MERCREDI 4 AVRIL

 

La sainteté, combat de chaque jour

Au cours du repas, Jésus fut bouleversé intérieurement et il déclara solennellement : « En vérité, je vous le dis, l’un de vous va me trahir. »

Évangile selon Saint. Jean, chapitre 13, verset 21


Jésus est à table avec ses disciples, Pierre, Jean, Thomas, Judas… Il le sait, c’est le dernier repas qu’il prend avec eux. Tout à l’heure, Judas ira chercher les soldats pour venir l’arrêter. Pierre va le renier. Les autres vont fuir.
Alors Jésus est bouleversé au plus profond de lui-même, ce même bouleversement qu’il a éprouvé chaque fois qu’il a rencontré la mort des autres. Le mal dans toute sa violence. Pourquoi ces hommes avec lesquels, depuis trois ans, il a tissé des liens si profonds, vont-ils le laisser ainsi tomber, le trahir ? Pourquoi tout ce mal qui sans cesse reflue sur l’humanité et la recouvre, détruisant tout ce que Dieu a voulu pour nous ? Pourquoi la mort, au bout de ce chemin d’amitié ?

Jésus est bouleversé, mais il fait front. La sainteté c’est, ce sera toujours, un combat. Le combat de l’amour contre la haine aveugle. La sainteté ne naît pas dans notre monde comme une fleur. C’est toujours une victoire difficile, douloureuse, sur le mal, d’abord en nous-mêmes. Ce combat ne devient pas plus facile avec les années : ce sont les saints qui mesurent le mieux, au plus profond d’eux-mêmes, leur capacité jamais définitivement surmontée à dire non aux autres et à Dieu.
La sainteté est un combat à reprendre chaque jour contre le mal : celui dont les autres, dont moi-même nous sommes capables. Avec, pour seule arme, la volonté désarmante de faire grandir l’amour. Avec, pour seule force, celle du pain de chaque jour : celui que le Christ vient rompre avec nous.

 

MARDI 3 AVRIL

Une flamme à transmettre

Je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé. Et les séraphins criaient : « Saint, saint, saint, le Seigneur, le tout-puissant ! »

Livre d’Isaïe, chapitre 6, versets 1-3

 

En réalité, seul Dieu est saint. Il est le « trois-fois-saint ».
Trois fois : parce qu’il est l’Amour absolu ; parce que cet amour est fécond en permanence ; parce qu’il s’enrichit en retour de l’amour, de la sainteté qui naît en nous.
Dieu est flamme de feu, et la sainteté est comme la flamme : quand Dieu la partage avec nous, non seulement il ne brille pas moins, mais à notre tour nous nous mettons à briller. Et entre nous aussi cela se transmet. Quand la flamme brûle en moi, plus je la partage, plus la lumière augmente. C’est ce que nous ferons la nuit de Pâques quand, de la flamme du cierge pascal, nous nous transmettrons la lumière. Le cierge pascal est un grand et beau cierge : il représente le Christ.

Mais la flamme de nos lumignons n’en est pas moins la même flamme. Jésus, le saint, nous transmet sa flamme pour que nous soyons nous aussi saints.
C’est ce qui s’est passé quand une flamme est venue se poser sur les disciples de Jésus, le jour de la Pentecôte. C’est ce qui se passe pour nous quand l’Esprit Saint, le souffle de sainteté de Dieu, vient enflammer d’amour nos esprits et nos cœurs.
Une flamme, bien sûr, c’est fragile : ça peut s’éteindre. Mais heureusement elle peut aussi se rallumer. Là où la flamme vacille, Jésus vient la ranimer. Car Dieu tient à notre sainteté. Mieux, il nous fait responsables de la sainteté au sein de l’humanité.
La flamme de Dieu, personne ne peut la voir. C’est notre flamme qui la fait briller au milieu des hommes.

 

LUNDI 2 AVRIL

La sainteté, ça sent bon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie prit un parfum de très grande valeur ; elle le versa sur les pieds de Jésus ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum.

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean, chapitre 12, verset 3


Un parfum de grand prix, voilà le présent qui est offert à Jésus par Marie, la sœur de Marthe et de Lazare. Toute une livre de parfum que Marie verse sur les pieds de Jésus, si bien que la maison entière s’emplit de ce parfum très pur. Jésus, nous dit l’Évangile de Jean, était ami de cette famille où il avait plaisir à venir. Mais ce jour-là, le geste de Marie va plus loin que l’amitié : Jésus est comme l’autel du Temple sur lequel on offrait du parfum à Dieu. Le geste de Marie dit la sainteté de Jésus.
On dit de certaines personnes qu’elles sont « mortes en odeur de sainteté ». Car il est parfois arrivé, de fait, que le cadavre de quelqu’un qui a vécu proche de Dieu dégage non une odeur de mort, mais au contraire un extraordinaire parfum !

C’est que la sainteté parfume la vie. Les enfants, pour parler du parfum, disent souvent « le sent-bon ». Oui, la sainteté de quelqu’un, ça sent bon. Quand quelqu’un vit un tant soit peu de la sainteté de Dieu, on peut sentir sa bonté.
Une façon de vivre cette « semaine sainte », ce sera de faire grandir en nous notre propre bonté, pour qu’elle embaume autour de nous et que toute notre maison en soit remplie, que tout notre entourage en bénéficie. Ce sera aussi de développer notre odorat, pour découvrir tous les parfums de bonté de tant de personnes à côté de nous.
La sainteté, ça a toujours un parfum de bonté.

 

 

 

DIMANCHE  1er AVRIL

 

Vive le roi ! Vive la sainteté !

« Pousse des cris de joie, Jérusalem ! Voici que ton Roi s’avance vers toi. Il est juste et victorieux, humble, monté sur un petit âne tout jeune. »

Livre de Zacharie, chapitre 9, verset 9


Quel drôle de roi que ce Jésus !
Quand il entre dans sa capitale, Jérusalem, pas de cortège officiel, mais un petit âne. Pas de motards ni de police, juste une petite foule modeste qui agite en signe de joie des branches vertes et qui crie : « Vive notre roi, le descendant du Roi David ! », au risque de se faire arrêter par les soldats de l’occupant romain. Oui, quel drôle de roi ? rien à voir avec la reine d’Angleterre, le roi du Maroc, ou le Président de la République.
Nous entrons aujourd’hui dans ce qu’on appelle la « Semaine Sainte » : une semaine pour essayer de mieux comprendre ce qu’est la sainteté, la vraie. Pas celle que nous imaginons avoir été celle des saints « officiels ». Pas un effort de perfection morale. Simplement une façon de vivre au quotidien qui nous fasse de plus en plus ressembler à Dieu, car c’est lui « le Saint ». Et cela va se situer avant tout dans la rencontre : la sainteté de Dieu, c’est sa façon d’entrer en relation.

L’âne, être monté sur un petit âne : voilà un premier trait pour ressembler à Dieu. A l’époque les grands chefs entraient dans les villes sur un cheval magnifique, le même qu’ils chevauchaient pour conduire leur armée à la bataille. Lui, Jésus, c’est sur un âne : il veut faire comprendre qu’il ne fera pas la guerre, même aux Romains, car il est Prince de la Paix. Il ne veut rien de prestigieux, il ne veut surtout pas regarder les gens de haut en bas, car il est humble et doux. Au contraire, il aime s’asseoir à table avec les gens simples et même avec ceux et celles qui ont mauvaise réputation. Car il ne regarde pas l’apparence, ni la situation des gens, ni leur compte en banque ? il regarde leur cœur.
Sur son petit âne, Jésus nous montre l’humilité de Dieu, la simplicité de Dieu avec nous. Le Dieu qu’il nous fait découvrir là ne veut pas être pour nous le « tout-puissant ». Une façon de nous dire : Dieu est heureux avec les gens simples, car ils lui ressemblent.

La sainteté, c’est alors une façon de regarder les autres pas de haut, mais avec un regard amical et bienveillant. Jésus-roi ne vient pas prendre le pouvoir, il vient changer les cœurs, tout en respectant la liberté de chacun. La sainteté, c’est une façon de ne pas se mettre au-dessus des autres, de ne pas prendre le pouvoir sur eux. La responsabilité envers les autres, oui, le pouvoir sur eux, non. C’est un chemin de liberté par rapport à mon orgueil, à ma suffisance, à ma vanité.
Les rameaux verts : deuxième indice pour cette « semaine sainte », pour comprendre ce qu’est la sainteté. Les branches d’arbre, avec les premières feuilles du printemps, et les palmes vertes que les gens agitent au passage de Jésus sont le signe de la vie qui renaît après l’hiver. Ce roi-là, il vient pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en surabondance. Tout ce qu’il a fait jusque-là, tout ce qu’il a dit, c’est pour que nous soyons des vivants. Pour nous inviter à vivre. Car la volonté de Dieu (celle dont nous parlons quand nous disons « que ta volonté soit faite »), c’est que nous vivions. Pas que nous acceptions les tuiles qui nous tombent dessus, mais que sans cesse, y compris au sein de toutes sortes de difficultés, nous trouvions le chemin d’une vraie vie.

Une vie plus forte même que la mort.
C’est pourquoi, le dimanche des Rameaux, aujourd’hui encore, des gens tiennent à porter un rameau béni sur les tombes de leurs proches. C’est une façon de leur transmettre cette bénédiction de vie, plus forte que la mort.
Les rameaux : mis dans notre maison, ils nous inviteront, toute cette semaine et au-delà, à être saint c’est-à-dire à vivre nos relations de façon qu’elles donnent la vie. De façon qu’elles transmettent la vie, fassent naître et grandir la vie autour de nous. Laisser monter en nous la sève de Dieu pour porter des feuilles, des fleurs et des fruits, pour retrouver la vraie verdeur de la vie. Avoir la main verte, pour aider à ce que cette sève de Dieu monte dans ceux qui nous entourent. Spécialement pour réconforter ceux qui n’en peuvent plus.
De quelle façon, durant cette semaine « sainte », allons-nous avoir des relations pour la vie ? De quelle façon allons-nous avoir la main verte pour que les autres soient plus vivants ?
Béni soit celui qui vient au nom du Dieu Vivant !

 

SAMEDI 31 MARS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus grand que mon cœur

Nous rassurerons nos coeurs devant lui, car si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses. 

Première Epître de Saint Jean, chapitre 3, verset 20


J’ai vraiment envie d’être acteur de ma vie et d’être maître des situations dans lesquelles je me trouve. La vie spirituelle m’est précieuse aussi pour cela. La relation avec Dieu et la prière m’aident à m’améliorer et me maîtriser. Par la prière, la confession, la lecture de la Bible, peu à peu je commence à m’approcher de moi, à m’unifier moi-même. Et cela à tous les niveaux : spirituel, psychologique et même physique.
Mais voilà, quand j’arrive à être complètement sûr de moi et assuré dans mes relations, quand je commence à me sentir confiant et fort, tout à coup, il arrive quelque chose qui me déchire, qui détruit mon oasis de tranquille sérénité. Je pleure ou je rougis.

Et je suis à nouveau étonné de voir combien je suis imprévisible. Avec quelle facilité je suis vulnérable aux impacts extérieurs et intérieurs. Mon propre cœur lui-même ne m’obéit pas toujours. Il me demande trop ou me condamne rapidement….
Mais ce soir, en allant prier les vêpres, je me réjouis. Tu es plus grand que mon propre cœur. Tu le connais tout entier. Tu connais toutes les intentions qui sortent de lui. Mes relations, tu les estimes mieux que moi-même. Je ne suis plus seul avec mon savoir, plus prisonnier de mon assurance.

 

 

 

VENDREDI 30 MARS

 

Pour que ce soit plus facile d’aimer

« Soyez toujours dans la joie, rendez grâce en toute circonstance. N’éteignez pas l’Esprit, (…) Ce qui est bien, gardez-le. »

Première lettre de Paul aux Thessaloniciens, chapitre 5, versets 16, 18,19, 21


On constate une tendance un peu étrange dans la vie des chrétiens : ils aiment poursuivre en permanence leurs défauts la colère, la méchanceté, le péché. Ils les cherchent et essayent toujours de les réparer. Il semble que cela ait des conséquences non seulement sur les relations avec soi-même, mais aussi avec son prochain. Si je suis avec mon prochain et que je reste en même temps concentré sur mes faiblesses ou mes tentatives pour les corriger, il sera difficile d’obtenir des fruits.
Un jour, un frère nous a donné, à nous jeunes religieux, un conseil. Il nous a dit que dans la vie communautaire l’important c’était d’être « d’abord toujours bienveillant ». C’est un point de départ nécessaire.

Mais il est devenu inaccessible pour moi toutes les fois où je n’ai pas été d’abord bienveillant envers moi-même. Il n’est pas facile de vraiment aimer l’autre si l’on ne s’aime pas soi-même. C’est pour ça que parfois, je dois arrêter la lutte contre moi-même et trouver de bonnes choses sur moi.
Dans l’Evangile, il y a toujours des passages qui nous laissent indifférents, et d’autres qui nous paraissent trop exigeants. Mais quand nous en trouvons un qui nous attire, dont nous disons : « C’est bien vu » ou « Jésus a été formidable sur ce coup là ! », alors c’est là que nous nous approchons de nous-mêmes dans toute notre profondeur. Ce n’est plus le moment de lutter contre ses défauts mais plutôt de soigner la lumière qui déjà est en nous. L’image divine en nous, notre ressemblance à Dieu. Alors, tout peut commencer. Avec moi, avec l’autre.

 

Sept minutes pour le prochain

Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux.

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc, chapitre 24, verset 15.


« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante » dit le Petit Prince. Mais moi, je suis très occupé. Parfois, je suis pris par mes affaires complètement et ce n’est pas si facile de s’en retirer. C’est parfois même impossible. En descendant de Jérusalem à Emmaüs, deux disciples ont, eux aussi, été noyés dans leurs affaires. J’imagine que c’était l’un des obstacles pour reconnaître Jésus… Il fallait qu’ils se retirent de leurs soucis pour arriver à dire : « Reste avec nous !».
Au quotidien, cela nous arrive aussi : nous sommes pris dans nos affaires, nos soucis, c’est la vie ! Mais, tout à coup, nous nous forçons à nous extraire de nous-mêmes pour entrer en relation avec autrui.

Cela n’est pas toujours évident. Cinq minutes ? un petit détail qui n’est pas très important par rapport à la multitude de mes occupations. C’est un poncif, la réponse standard pour une action rapide : « cinq minutes » me dis-je. Ce n’est pas très agréable, mais je peux quand-même sacrifier cinq minutes pour quelque chose que je n’ai pas prévu, ou pour quelqu’un qui tout simplement m’arrache du temps. Si j’ai quelques personnes proches de moi dans ma vie, c’est bien parce que, à un moment donné, je leur ai consacré un peu de mon temps si cher… donc non pas cinq, mais sept minutes pour mon prochain !

 

MERCREDI 28 MARS

Il fit semblant d’aller plus loin.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous. »

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc, chapitre 24, versets 28 et 29


Jésus est bizarre. Encore…
Un peu plus loin, nous lisons dans ce récit de l’évangile que Jésus a touché les coeurs : «Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? ». Il enflamme le cœur des disciples et ensuite il fait semblant d’aller plus loin.
Et combien de fois ai-je voulu que Dieu me séduise, une fois pour toutes ? Combien de fois, ai-je dû choisir, chercher un sens, fût-il lointain ? Combien de fois ai-je dû trancher, douloureusement, au nom de ma conscience ? Sans bien savoir, j’ai dû dire : « non », et cela m’a coûté. Car rien, ou si peu, dans notre monde, me poussait à le faire. Combien de fois ai-je brûlé, au désir de Dieu, mais sans me consumer tout à fait ? Car la flamme passait, usée par le temps, comme un premier amour, déjà envolée, comme un vœu jadis ardent, auquel on ne songe plus.

Combien de fois ai-je voulu que Jésus vienne, enfin, me terrasser par sa Bonne Nouvelle, pour me convertir tout à fait ? Un Jésus triomphant, pascal, radieux comme sur l’icône. Mais non, chaque jour, de nouveau, il faut me décider.
Mais Jésus fait semblant d’aller plus loin. Quel est ce « plus loin » ?
Mais finalement, le quotidien reste identique à lui-même. Je peux, si je le souhaite, laisser Jésus s’en aller plus loin. Et moi rester dans mon monde. Ou je peux tenter avec lui ce « plus loin ». « Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (livre de Apocalypse, chapitre 3, verset 20)

 

MARDI 27 MARS

 

En marge de nos cœurs

L’homme ! Ses jours sont comme l’herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit : dès que souffle le vent, il n’est plus, même la place où il était l’ignore.

Psaume 102, versets 15-16


Juste à côté du couvent il y a un grand cimetière. J’aime bien me promener là-bas. C’est toujours très tranquille. Parfois on peut lire sur les tombes l’histoire d’une vie : à quel âge est-il parti ? Avait- elle un mari ? Avaient-ils des enfants ? Parfois on apprend même la situation sociale du défunt. L’épitaphe, aussi, nous parle. La tombe est-elle entretenue ? Vient-on la visiter ? Parfois, comme un gamin, je commence à m’amuser en comptant mon âge et combien il me reste encore à vivre.

Le soleil brille dans ce cimetière, et je commence à sentir progressivement que mon esprit et ma façon de penser deviennent plus équilibrés. Suis-je inquiet pour ce qui compte vraiment ? Est-ce que je vis pleinement ce moment? Est-ce que j’arrive à aimer celui qui m’est proche? Après tout, vous ne savez ni le jour ni l’heure …
Aujourd’hui, les cimetières sont de plus en plus loin de nous. A la marge de nos villes, en marge de nos cœurs. Quand j’étais gamin, plus de gens se promenaient dans les cimetières. Aujourd’hui, ils sont déserts. C’est dommage, non ?

 


LUNDI 26 MARS

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Pas dans l’activité

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. »

Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc, chapitre 10, versets 41-42


Je parlais hier avec un frère du chemin que nous avons choisi. Finalement, nous nous retrouvons tous impliqués dans un large éventail d’activités. Nous nous réalisons dans le travail et tout ce que nous faisons. Les psychologues disent qu’à la différence des femmes, les hommes trouvent plus facilement le sens de leur vie dans leurs actions. Et cela pourrait sembler suffisant - s’épanouir soi-même dans le travail à faire. D’ailleurs, dans le livre de l’Ecclésiaste nous lisons : « J’ai reconnu qu’il n’y a de bonheur pour eux qu’à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie ; mais que, si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c’est là un don de Dieu » (Ecc 3, 12-13).

Mais soudain, mon frère, qui a deux fois mon âge, m’a dit : « Mais ça n’a pas de sens !». Comment ça ? « On s’active, mais ce n’est pas l’essentiel. En fin de compte, nous cherchons toujours des relations. Il n’y a qu’elles pour combler une vie ».
Et voilà que je comprenais que plongé dans mon travail, attentif à ce que je devais dire ou ne pas dire, à force de me protéger derrière les codes de politesse que je finirai bien par maîtriser parfaitement, je risquais de perdre le sens de l’essentiel : la relation avec l’autre.

 

 

DIMANCHE 25 MARS

 

A la recherche des idées perdues

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd. »

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean chapitre 12, verset 24-25


Et voilà que Dieu exige encore quelque chose de moi.
Ma première réaction en lisant ces deux lignes : quelle impertinence ! Comment puis-je ne pas aimer ma propre vie ? Nous pouvons appliquer ces phrases aux moines du moyen-âge qui sont enfermés, qui jeûnent, qui se flagellent et ne vivent pas cette vie, mais attendent la vie éternelle. Mais moi, qui suis le fils d’une époque centrée sur l’amour de soi, d’une époque où nous profitons de la joie et des ressources de la vie jusqu’au bout, d’une époque où l’individualité de la personne est un bien essentiel, d’une époque où mon opinion est intouchable, comment puis-je comprendre ce texte dans un tel contexte ? Eh bien c’est une idée absurde.

Si quelqu’un aujourd’hui me disait qu’au lieu d’aimer et de profiter de la vie il préfère se détacher du monde, je le regarderais de travers.
Lorsque je pense à mon propre chemin, j’ai du mal à dire si j’ai commencé par chercher Dieu ou par me chercher moi-même. Peut-être est-ce Dieu qui a commencé à me chercher… Peu à peu, j’ai découvert la force que, je l’espère, Dieu a mise en moi. J’y ai puisé. Puis j’ai découvert que je ne pouvais pas suivre le rythme. C’était trop pour moi. J’avais besoin de faire des choix et prendre des décisions qui ne sont pas toujours faciles et même parfois très difficiles et douloureuses. Alors, j’ai pensé que faire un choix et y rester fidèle, c’était là le détachement dont parle Jésus.

Je suis allé plus loin et je me suis précipité sur mes défauts. J’ai commencé à sentir qu’ils pouvaient me tuer, pas pour la vie éternelle, mais me blesser dès ici-bas. Alors j’ai appris à me protéger par la prière, par le travail sur mes sentiments et sur mes relations. J’ai été fasciné par la capacité humaine à vite oublier les choses. Le cheminement spirituel demande de la persévérance et j’ai appris à me forcer pour ne pas lâcher ce que j’avais commencé. Parfois j’ai voulu cueillir les fruits tout de suite. Mais j’ai été obligé d’attendre assez longtemps les résultats. Parfois il me semblait que j’étais déjà à l’aise avec une certaine vertu. Mais dans les épreuves, je découvrais que ce n’était pas le cas. Le grain de blé qu’on sème a besoin des saisons pour germer et grandir, avant de donner un épi mûr ; et la démarche spirituelle, elle aussi, demande du temps.

Alors j’ai pensé que faire ce chemin et y rester fidèle, c’est la leçon que nous donne Jésus en nous montrant l’image du grain de blé.
Plus tard, j’ai commencé à comprendre que le sens de la vie se trouvait dans les relations. Jusque-là, il me semblait plutôt que les autres violaient mes intérêts, m’empêchaient d’être moi-même et m’imposaient leur volonté.
Mais aujourd’hui le message que je trouve dans ce texte, dans le contexte de ma vie, de mon propre parcours avec Dieu, est bien l’importance des relations. C’est justement sur ce terrain des relations que je peux continuer mes deux recherches essentielles : celle d’un Dieu qui donne à ma vie son sens, sa dimension sacrée, et celle de ma manière unique, irremplaçable, de vivre cette vie qu’il me donne. Il devient alors difficile de distinguer les relations avec Lui des relations avec mon prochain, car ces relations forment un même chemin : un chemin de sainteté.

 

 

SAMEDI 24 MARS

« Veille ! »

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu, chapitre 25, verset 13


Je vais clore cette semaine de méditation sur cet ordre simple, qui résume bien les autres : « Veille ! ». Veiller, c’est prendre son tour de garde pendant que tout le monde se repose. C’est tenir le cap pendant la nuit. Seul entre les étoiles et la mer. La mer est calme. Pas de tempête à l’horizon. Pas de grand drame en perspective. C’est la situation la plus fréquente dans nos vies. Heureusement d’ailleurs qu’on ne vit pas sur la brèche vingt quatre heures sur vingt quatre.
Et dans cette nuit étoilée, veiller c’est garder fermement le cap de l’amour, du pardon, de la joie, du don de soi. Ne pas s’endormir sur des acquis faciles. Ne pas se contenter de petits arrangements mesquins.
Veiller, c’est aussi apprendre à cultiver de bonnes habitudes.

Heureusement d’ailleurs que tout ce que nous faisons dans notre vie n’est pas le fruit d’un combat intérieur déchirant ! Heureusement qu’on peut passer de temps en temps en pilotage automatique. Lâcher la barre, et se reposer. S’il fallait chaque dimanche revivre le drame de décider de se lever ou pas… s’il fallait chaque jour se battre contre son égoïsme… on n’aurait plus d’énergie pour le bonheur.
Mais veiller, c’est surtout guetter en nous les mouvements de l’Esprit saint. Apprendre à développer ce sixième sens qui nous permet d’apercevoir son action en nous. Cet Esprit de Dieu qui est en nous plus que nous-mêmes, qui crie vers Dieu le Père, qui fait de nous des fils, et qui nous fait nous dépasser.
Cet Esprit qui est la vie même de Dieu, dans notre vie.

 
 

 

VENDREDI 23 MARS

 

« Réjouis-toi ! »

« Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc, chapitre 10, verset 20


C’est mon préféré. L’ordre totalement absurde, s’il est pris dans sa dimension affective (« Je t’ordonne d’être joyeux ! », ben tiens !) mais qui prend tout son sens quand on le comprend comme la joie réelle, sûre, claire, simple, que tout est dans la main de Dieu, que son Fils nous a définitivement sauvés, que sa mort et sa résurrection nous ont libérés de nous-mêmes et du monde pour nous faire vivre de sa vie, qui est éternelle.
Et cette joie-là, c’est au pied de la Croix, un vendredi, que je peux le mieux la contempler à l’œuvre en moi. C’est comme ça que je sais que je ne suis pas en train de me raconter des blagues.
Évidemment, en surface, il y a des hauts et des bas, des pleurs et des rires. La perte d’un être aimé, l’échec professionnel, la dépression laissent des marques en nous.

Et c’est bien de pleurer, c’est normal de ressentir de l’abattement.
Mais ce que je peux ressentir n’a pas beaucoup de consistance face à cette joie-là. Il nous faut donc trouver en nous le poste d’observation d’où nous pourrons regarder tout cela avec du recul. Sans que ça soit la fin du monde.
Quand Jésus nous commande de nous réjouir, il nous demande simplement d’ouvrir les yeux sur le bonheur profond qu’il y a à être dans la main de Dieu, à n’avoir plus peur ni besoin de rien. Que ni la mort ni la maladie ni la souffrance, que rien ne pourra jamais nous retirer ce qui est le plus important dans nos vies.
« Réjouis-toi ! » Ton nom est inscrit dans les cieux, ta vie a du prix aux yeux du Seigneur.

 

« Pardonne ! »

« Pardonnez, et vous serez pardonnés. »

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc, chapitre 6, verset 37


Toujours dans la même veine des ordres auxquels il nous semble impossible d’obéir, il y a ce commandement de pardonner, et comme si ce n’était pas assez, Jésus nous commande de pardonner soixante-dix-sept fois sept fois.
On ne peut pas pardonner sur commande, sauf si, comme pour l’amour, Jésus ne parle pas de nos impressions ressenties, mais d’une réalité objective, claire, que nous pouvons choisir de vivre ou pas.
D’ailleurs, cet impératif, nous l’adressons nous-mêmes à Dieu dans le Notre-Père : « Pardonne-nous nos offenses ! », et nous le lions à notre propre pardon, « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »
J’entends souvent des gens me dire qu’ils n’arrivent pas à pardonner.

Cela ne m’étonne pas, parce qu’ils considèrent le pardon du point de vue de ce qu’ils ressentent. À tous ceux-là, et à moi-même, je conseille de poser d’abord des actes objectifs de pardon. Re-parler à la personne. Même pour dire des choses banales. Rendre un service. Même minime. Donner, même si l’on sent que le cœur n’y est pas. Demander un service à celui à qui on essaie de pardonner. Devenir son débiteur. Je ne connais rien de plus simple ni de plus efficace.
Dans tous les cas, refuser de se laisser enfermer dans des sentiments nauséabonds, où l’égoïsme et la rancœur se mélangent au sentiment d’humiliation et à l’offense réellement subie.
Et dans ce pardon-là, objectivement vécu, Dieu pourra recréer de la vie.
Alors, pardonne ! Sors de toi-même et vis !

 

MERCREDI 21 MARS

 

« Je le veux, sois purifié. »

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Marc, chapitre 1, verset 41


Cet ordre-là est vraiment incroyable. Jésus ordonne au lépreux de guérir. Or, s’il y a bien quelque chose qui semble hors de notre contrôle, c’est de guérir ou de tomber malade.
Peut-être certains d’entre vous ont fait l’expérience qu’il est difficile de guérir, ou plus curieusement parfois, d’accepter même de guérir. La routine va reprendre, les responsabilités, les horaires, le travail. Je vais reprendre ma place dans le train des événements, sans plus en être plus le centre.
Et plus on est resté longtemps malade, plus c’est difficile de renoncer aux petits bénéfices secondaires auxquels on s’était raccroché. Bien sûr, ces petits arrangements peuvent nous aider à traverser une période difficile, mais il faut y renoncer, parce que quand nous commençons à prendre ces avantages secondaires pour la vraie vie, nous sommes perdus.

« Guéris ! » Bien sûr, on ne guérit pas de certaines maladies. Mais quand on a renoncé à vivre, là on est vraiment sûr qu’on ne guérira plus ! Alors dans certains cas extrêmes, garder le cap sur la guérison, c’est réussir à faire un pas tout seul, activer la télécommande de la télévision, sourire, écouter.
En tout cas, garder le cap sur la guérison c’est surtout arrêter de justifier nos égoïsmes par notre maladie. Ne pas s’enfermer dans la tristesse. Cultiver la générosité. Inventer de nouvelles formes de service. Donner sa vie, même depuis le fond de son lit. Au fond, guérir, c’est retrouver la vie, pas forcément la santé. Et cette vie, la donner.

 

 

MARDI 20 MARS

 

 


"Ne crains pas ! »

« Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur ! »

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu, chapitre 14, verset 27


Avez-vous déjà essayé de rassurer quelqu’un en lui disant « n’aie pas peur » ? C’est rarement efficace. C’est bien plus efficace de prendre la personne dans les bras, de changer de sujet, ou de rire, n’importe quoi plutôt que de dire « n’aie pas peur ». Parfois ça aide de parler, de raconter. De mettre des mots sur ce qu’on ressent. La peur se retrouve en quelque sorte emprisonnée dans les mots, devant nous et plus en nous. Et on peut en rire. La remettre à sa place.
Mais est-ce que Jésus nous appelle à une thérapie par le langage quand il nous dit « n’aie pas peur » ? Il ne s’agit pas ici de contrôler sa peur. Il s’agit de ne plus avoir peur.

De remplacer la peur par la confiance. Une confiance que rien ne peut ébranler. La confiance que tout ce qui nous arrive est sous contrôle de celui qui sait mieux que nous ce dont nous avons besoin.
Faire le gros dos dans la tempête, réduire la voilure, se laisser dériver un temps, et cultiver la confiance que chaque cheveu de notre tête est compté. Dieu sait ce qui nous arrive, ce dont nous avons besoin. Occupons-nous plutôt de tenir notre cap.
Dans bien des cas, nous n’aurons même plus le temps d’avoir peur, trop occupés à scruter l’horizon. À guetter l’arrivée du vent dans nos voiles, ce Souffle qui nous fait aller plus loin dans la confiance.

 

LUNDI 19 MARS

 

 

 Aime ! »

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean, chapitre 15, verset 12


Ce commandement-là est peut-être le plus connu, celui qui résumerait même toute la Loi nouvelle. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Habituellement on insiste sur la seconde partie, et si tout est dans le « comme je vous ai aimés », c’est justement pour mieux dire qu’il ne s’agit pas de notre sentiment, ce que nous, nous appelons aimer. Un matin je t’aime, un matin je ne t’aime plus. Ça ne se commande pas. Désolé. Salut. Ne m’en veux pas.
L’amour que Jésus nous ordonne de choisir, l’amour dont il nous a aimés, n’a pas grand chose en commun avec ce sentiment fugace, hors de notre contrôle, qui nous possède plus que nous ne le possédons.

Ce sentiment fugace, que nous trouvons si beau quand il passe dans notre vie, est une bien pâle figure de cet autre amour qui est prêt à mourir pour ne pas renoncer à lui-même.
Pourtant, ces amours-là, maladroites et fragiles, nous permettent de ne pas nous mentir quand nous disons que nous aimons de l’amour du Christ. Si nos amours nous donnent des ailes, combien plus cet amour que nous commande Jésus doit-il nous faire voler haut. Si nos amours nous font compter pour rien toute la peine que nous nous donnons pour les nôtres, combien plus aimer « comme le Christ » doit-il nous pousser à donner notre vie.
Bien plus, nos amours maladroites peuvent être pour nous une première étape par rapport à notre cap, ce cap de l’amour que Jésus nous ordonne de tenir.

 

 

 

DIMANCHE 18 MARS

« Lève les yeux, tiens le cap. »

« De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé. »

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean, chapitre 3, verset 14


Je suis fasciné depuis longtemps par les verbes à l’impératif utilisés par Jésus dans l’Évangile. Les ordres qu’il nous donne. On croit parfois que le christianisme ne consiste pas d’abord en des choses à faire. Je n’en suis pas si sûr.
Par exemple, « faites ceci en mémoire de moi ». Bien sûr j’entends qu’il faut croire au mystère de l’eucharistie, qu’il faut participer à la messe de tout son cœur. Bien sûr. Mais j’entends aussi qu’il faut aller à la messe parce qu’il l’a dit, parce qu’il faut y aller, tout simplement. Pas comme le fruit de ce que je ressens. D’ailleurs, il vaut mieux ne pas me demander ce que je ressens le dimanche matin au fond de mon lit, surtout en hiver.
Je ne dis pas qu’il faut faire les choses par pure obligation, mais plutôt que trop souvent nous nous laissons dominer par notre sentiment, et que les choses à faire, nous ne les faisons pas. Sous prétexte qu’on ne comprend pas, qu’on ne sent pas, qu’on n’est pas à fond, on laisse tomber. On se trouve des justifications. Nos impressions passagères nous dominent et nous empêchent de vivre ce que nous voulons vivre.
Par exemple, l’ordre d’aller annoncer la parole de Dieu et de baptiser les nations est assez clair lui aussi. Je ne dis pas qu’il est totalement univoque et que nous devons tous le faire de la même manière. À chacun de trouver sa propre façon d’y répondre. Mais en tout cas, pas de l’esquiver : mais bien de le faire.
Mais le plus fascinant, en fait, ce sont des ordres comme « Aimez ! » ou encore « Réjouissez-vous ! ». Tout à coup, on change de dimension.

Autant je peux essayer de me demander comment j’évangélise dans ma vie de tous les jours, autant c’est difficile d’obéir à l’ordre d’aimer ou de se réjouir.
Vas-y, aime ! Allez, réjouis-toi ! Et il y en a d’autres, comme par exemple lorsque Jésus dit à Thomas : « Crois ! », quand il dit au paralytique : « Guéris ! » ou aux disciples : « Ne craignez pas ! » Voilà qui est réellement fascinant, parce que c’est clair qu’on ne parle plus de notre sentiment, de ce qu’on ressent d’amour ou de haine, de peur ou de confiance. Vous me direz, je peux bien me forcer à faire semblant d’aimer, pendant un temps, je peux me convaincre que j’aime, mais cet amour-là, il est bien médiocre, si l’on peut encore appeler ça de l’amour. À quelqu’un qui a peur, il ne suffit pas de dire « n’aie pas peur ! », et encore moins à quelqu’un de triste « Réjouis-toi ! ». La comédie risque de ne pas durer longtemps.
Alors quel est cet amour qui nous est commandé par Jésus, de quelle joie s’agit-il, sinon d’un amour et d’une joie objectifs, que l’on peut choisir ? Il nous commande d’aimer, d’être heureux, de guérir ou de ne plus avoir peur. Que faisons-nous ? Que répondons-nous ? « Seigneur, Seigneur ! », en essayant de nous convaincre nous-mêmes que nous aimons, que nous sommes guéris et heureux ?
En fait, j’ai l’impression que le plus souvent nous ignorons ces commandements, nous ne les prenons pas au sérieux, ou nous attendons qu’ils se réalisent, sans bouger, et sans rien faire. Ou plutôt, en nous plaignant que nous sommes malheureux, seuls, blessés et sans amour.

Au contraire, je pense qu’il nous faut prendre ces ordres très au sérieux, et choisir aujourd’hui d’aimer, d’avoir la foi, de guérir et de ne plus avoir peur. Choisir d’être heureux. Tenir ce cap, malgré les tempêtes, les sentiments intérieurs souvent contradictoires, les crises de nos bons vieux démons trop bien connus.
Des tempêtes et des accidents, il y en a eu, et il y en aura encore. N’importe qui le sait. Mais ce que je sais aussi, c’est que jamais je ne trouverai le bonheur, la guérison, le pardon, si je laisse ma barque dériver avec le courant. Et je sais même très bien ce que je trouverai si je me laisse dériver. Je ne trouverai que ce que j’apporte avec moi dans ma barque : moi, moi-moi-moi. Et pas grand chose pour tenir dans les tempêtes. Vous connaissez des gens qui n’ont jamais croisé une tempête ? Celui qui attend que les conditions météo soient favorables risque d’attendre longtemps avant d’embarquer.

Au contraire, il faut partir et tenir le cap de la joie dans notre vie. C’est un commandement. Tirer les bords qu’il faut pour ne pas perdre de vue le cap de l’amour. Obéir à ces ordres, parce qu’ils contiennent la vie, bien plus que tout ce que nous pouvons ressentir dans nos émotions passagères et superficielles. Choisir de guérir. En tout cas, mettre le cap sur la guérison. Garder le pardon en ligne de mire.
Voici ce qu’est pour moi ce mystérieux serpent de bronze élevé dans le désert qui guérissait ceux qui le regardaient. Voici ce qu’est la résurrection du Christ. Un cap objectif à se fixer, et à tenir. On s’en éloigne parfois, on se perd aussi, mais on le retrouve. On apprend de ses erreurs. Et on se relève, les yeux fixés sur le cap.
Où en es-tu de la joie dans ta vie ? As-tu choisi de mettre le cap sur l’amour ? Un amour objectif, vrai, lumineux, qui est prêt à mourir pour ne pas renoncer à lui-même. « Comme je vous ai aimés. »

 

SAMEDI 17 MARS

Jésus et les marchands du Temple

Claudia et Klara en CM1/CE2 :

Donne-nous de te servir en aidant les autres même quand nous ne recevons rien en retour

Pour être le temple de Dieu, nous devons faire silence en nous pour l’accueillir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temple de Dieu, c’est « toi »

« Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l’Esprit ? »

Première Epître aux Corinthiens, chapitre 6, verset 19


Aujourd’hui je t’invite à une visite en profondeur, genre plongée sous-marine. Au lieu de mettre la combinaison et le masque et de prendre des appareils sophistiqués, tu peux t’asseoir dans un coin de ta chambre (pas trop proche de ton écran trop tentant). Ferme les yeux. Respire souplement, tranquillement. Pose tes mains sur tes genoux ou bien croise-les simplement. Tu peux aussi tenir un chapelet dans tes mains : il permet de se concentrer.
Attention, plongée ! Tu dépasses tes soucis, tes questions, tes peurs. Tu les retrouveras tout à l’heure, autrement. Si tu as plein d’images devant les yeux, ne t’y arrête pas, continue de descendre vers le silence.

Ce qui va ouvrir en toi l’oreille de ton cœur, c’est que tu désires écouter, entendre la voix du Seigneur, de Celui qui t’aime. Tiens-toi en attente, comme en suspens, et ouvre ton cœur à la Foi : le Seigneur est là, dans le temple de ton cœur. Il t’attend car son Esprit t’a précédé. Il est toujours vivant en toi et murmure : « Abba, Père ».
Tu es là, Il est là, cela suffit. Le temple de Dieu, c’est toi. Tu peux prononcer le Nom de Jésus calmement suivant ta respiration. Il te purifiera et t’éclairera au fond du cœur.
Alors pour remonter de ta plongée, tu peux dire lentement : « Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié ». Bonne journée à toi et à ceux qui te rencontreront.

 

VENDREDI 16 MARS

 

Détruit et relevé

« Le temple dont il parlait, c’était son corps ».

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean, chapitre 2, verset 21


«Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai » (Jean 2, 19) Vous comprenez, vous ? Jésus parle de « son corps », dit l’évangile ! Annonce-t-il sa propre destruction ? Et ce relèvement, qu’est-ce c’est ? … étrange destinée !
Qui donc est-il, ce Jésus ?
Lui qui est « passé en faisant le bien » (Actes des apôtres 18, 38), n’a regardé personne d’en haut, mais d’homme à homme, sans orgueil ni suffisance. Il n’a pas fait la morale aux pécheurs publics mais s’est approché d’eux en ami pour leur rendre honneur et dignité, les relever. Hélas, la foule est versatile et les prêtres haut placés se sentent menacés dans leur religieux prestige … Alors, ça tourne mal, ils finissent par avoir sa peau.

Dernière station : la croix, comme les esclaves et les bandits, un parmi d’autres. Comment sauraient-ils que la vie qu’on lui arrache, il l’a déjà donnée par amour ?
Mais serait-il seulement l’un de ces justes dont les hommes de mémoire gravent le nom dans la pierre qui résiste au temps ? Pour nous, chrétiens, il est infiniment plus que ces figures si nobles et belles qui nous font honneur. Le temple, c’est bien son corps, la demeure de son Père. Ce temple sera détruit, démantelé, mais aussi relevé et rayonnant de la gloire de Dieu. Il se dévoile enfin dans sa beauté offerte à tous. En lui, l’amour a vaincu la mort. Ouvrez les portes ! Celles du tombeau et celles du temple. Une brèche de lumière déchire la nuit du monde.

 

JEUDI 15 MARS

 

Source vivifiante

« L’homme mesura mille coudées, c’était un torrent que je ne pus traverser, car l’eau avait grossi pour devenir une eau profonde, un fleuve infranchissable. »

Livre d’Ezéchiel, chapitre 47, versets 5-6


Nous sommes entrés dans ce grand bâtiment qu’est le Temple, les mains vides, pour y trouver la présence bienfaisante de Dieu. Mais, aujourd’hui, il n’est pas question de s’y enfermer car le Temple s’ouvre lui-même pour que déborde la Vie !
Avec le prophète Ezéchiel (au chapitre 47, versets 1 à 12), un homme - peut-être un ange ! - nous prend par la main et nous fait sortir. Laissons-nous saisir par la source qui sort du Temple pour devenir torrent et irriguer les terres arides de l’humanité. C’est un courant impétueux, une force vitale. Y pénétrer est bien moins sécurisant que de rester dans son nid douillet ! Mais l’homme est là qui nous guide et nous garde, nous ne serons pas engloutis!

Comment mesurer autrement cette force indomptable qui vient de Dieu et veut tout vivifier ? Sur ses rives les arbres portent, inépuisables, les fruits pour nourriture, les feuilles pour remède.
Du côté de Jésus, élevé en Croix, ont jailli l’eau et le sang (Jean, chapitre 19, verset 34). De ce nouveau temple la source se déverse pour irriguer le monde. C’est l’eau vive promise par Jésus, l’Esprit Saint qui vient faire fructifier les lieux arides et presque morts de nos existences et de notre monde. Depuis la Croix, le pardon est remède, le corps livré est nourriture. Pour que la vie jaillisse.
Sortons du Temple et suivons ce courant, il nous relie toujours à la Source.

 

MERCREDI 14 MARS

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Un don pas si fou que cela

« Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc, chapitre 21, verset 4


Un jour qu’il est dans le Temple, Jésus observe les personnes qui viennent déposer leur offrande dans le tronc. Et il prête attention à ce qui serait sans doute passé inaperçu à nos yeux. Au milieu de tous les riches qui déposent une grosse somme, la personne qu’il remarque, c’est une veuve misérable qui ne met que deux piécettes. Pour Jésus, son geste a infiniment plus de valeur que celui des riches. Car eux se contentent de donner de leur superflu, et elle, elle donne tout ce qu’elle a pour vivre. Dans la maison du Père, il n’est pas question d’« épater la galerie » par des actes ou des dons grandioses. Les petits gestes envers Dieu et nos frères touchent infiniment le cœur de Dieu.

Allons plus loin. Jésus ne pouvait pas ne pas voir le don de la veuve. Car il ne s’agit pas d’une simple petite obole, en passant. Cette veuve a tout donné, elle n’a rien gardé pour elle. Geste insensé, pour nous qui aurions plutôt tendance à multiplier les assurances-vie ! Mais est-ce si sûr ? Comme le Christ s’apprête à le faire, elle remet sa vie entre les mains de Dieu. Et elle a bien raison si on en juge d’après ce qu’il advient de Jésus après sa mort. En renonçant ainsi à sa pauvre vie pour Dieu, la veuve a toutes les chances de « trouver la vie… en abondance » !

 

 

MARDI 13 MARS

 

La maison des tout-petits

« Ma maison sera appelée une maison de prière. »

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu, chapitre 21, verset 13


Regardons la scène des « marchands chassés du temple » racontée par Saint Matthieu. Elle est différente de la version de Saint Jean, entendue dimanche. On y trouve bien sûr les changeurs de monnaie et les vendeurs de colombes. Ils font partie du décor. Mais il y a aussi des aveugles, des boiteux et - c’est un peu plus inhabituel encore - une bande d’enfants. Ils étaient dehors, mêlés à la foule en train d’acclamer le Messie. Ils ont suivi Jésus et continuent de crier : « Hosanna au Fils de David !» Il y a de quoi agacer « les grands » du temple ! Eux, ils savent les rites de ce lieu. Mais savent-ils vraiment ? Ce n’est pas si sûr. Et habilement, Jésus le leur fait entrevoir en citant une prière d’un recueil familier pour eux,

le livre des Psaumes : « Par la bouche des tout-petits et des enfants, tu t’es préparé une louange » (Psaume 8).
Les « grands » sont immédiatement renvoyés à la visée première du temple : la louange. Le temple est la maison des tout-petits, car pour louer Dieu et reconnaître ses merveilles, il est bon d’être comme des enfants. Les tout-petits selon l’évangile sont ceux qui s’abandonnent à l’amour du Seigneur et lui font totalement confiance. Vers eux, il incline son oreille.
Avec ces tout-petits, nous pouvons entrer dans la louange et balbutier le psaume : « Le Seigneur défend les petits : j’étais faible, il m’a sauvé. Retrouve ton repos mon âme, car le Seigneur t’a fait du bien ». Disons à notre âme : « Retrouve ton repos », car notre repos, c’est le Christ.

 

 

LUNDI 12 MARS

La maison du regard

« Ne saviez-vous pas qu’il me faut être dans la maison de mon Père ? »

Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc, chapitre 2, verset 49


Se sentir chez soi, c’est le rêve de bonheur de beaucoup. Chez soi, c’est le lieu où l’on se retrouve en sécurité, où l’on peut se poser, déposer les apparences que la vie nous oblige souvent à endosser. Un lieu où l’on peut enfin être soi-même. Sous des formes différentes, tout le monde le cherche. Il exerce sur nous une attirance irrésistible.
Jésus non plus n’a pas résisté. A douze ans, il est monté à Jérusalem avec ses parents. Dès qu’il a mis le pied dans le Temple de Dieu, il a su que c’était là qu’il devait être, comme un vêtement taillé sur mesure. Si bien que, quand la caravane est repartie pour Nazareth, lui est resté. Et il a fallu du temps pour le retrouver.

Ce n’étaient pas les belles pierres qui le fascinaient, mais la présence qui habitait ce lieu, celle de Dieu son Père. II en recevait la seule chose qui fait vivre : un regard d’amour. Car tout le monde sait que des murs ne suffisent pas à faire un chez-soi. Il faut quelqu’un. Pour m’accueillir, pour me regarder.
Dieu porte un regard d’amour sur chacun d’entre nous en particulier. Et il y a des lieux, parfois très inattendus, où on le ressent. Il se diffracte dans les regards que nous croisons au quotidien, comme la lumière dans le prisme de l’arc-en-ciel. Pas besoin d’avoir les moyens de faire construire pour se trouver chez soi. On peut se sentir chez soi au milieu de gens dont on ne parle pas la langue, parce que leurs yeux donnent l’hospitalité. La seule condition, c’est d’accepter d’y croire.

 

DIMANCHE 11 MARS

 

 

Y’a quelqu’un ?

« Enlevez cela d’ici ! »

Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean, au chapitre 2, verset 16


Une porte s’ouvre, c’est celle du Temple de Jérusalem. Pour le moment, y’a du monde mais personne ne répond. C’est plein de marchands qui marchandent et d’animaux qui piaillent et crient. Un peu comme chez nous, un peu comme dans nos cœurs où il arrive que tout s’agite, que tout se brouille et zim boum boum, ça fait du bruit mais c’est le vide qui retentit. On peut être très encombré sans être là, incapable d’entendre celui qui frappe à la porte, celui qui demande s’il y a quelqu’un.
Dans le Temple, Jésus entre avec fracas ! Il est chez lui, chez son Père dans cette Maison qu’on appelait, dans les temps anciens, « Tente de la rencontre ». Comment se rencontrer, comment s’écouter dans un tel vacarme, une telle agitation ? Jésus donne de la voix, il renverse établis et tréteaux avec un fouet de cordes. Il faut chasser les marchands, et le chasseur, c’est Lui ! D’emblée, nous sommes dans l’ambiance, inattendue pour ceux qui se feraient une image gentillette et sucrée du Dieu fait homme.

Le violent, c’est lui, car s’il y a une violence de la haine, il y a aussi une violence de l’amour. Pour nous, qui aujourd’hui lisons cet évangile, Le Seigneur des lieux fait un grand ménage. Il y a tant de choses illusoires, étouffantes ou carrément néfastes à évacuer pour que brille en silence la lampe du sanctuaire de notre cœur. Laissons Jésus dégager en nous l’espace de la vie, de la présence, de la vraie rencontre, laissons-le ouvrir les portes du temple préfabriqué de nos idées préconçues. Livrons-nous à son Souffle qui nous met au large de la vie et nous donne d’entendre la Parole qui fait ce qu’elle dit. Marie, la Mère de Jésus, toujours discrète et présente, est à notre service, à la demande, elle qui n’a cessé durant sa vie terrestre de garder et retenir tout ce qu’elle voyait et entendait, même le plus étrange…

 

 

 

 
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